L'Afrique Acteur clé d'une nouvelle mondialisationL'Afrique Acteur clé d'une nouvelle mondialisation
« De nouvelles formes de partenariats. »
Publié le Vendredi 04 Décembre 2015 | IBRAHIM SY SAVANE

Combien de fois le mot « mondialisation » est prononcé chaque jour? Nul évidemment ne saurait le dire; et combien de définitions donne-t-on à ce fameux concept de mondialisation ? En tout cas, si chaque fois que le mot mondialisation était prononcé, une pièce de monnaie tombait dans l'escarcelle de l'Afrique, non seulement celle ci aurait déjà remboursé toutes ses dettes, mais sans doute, aurait-elle investi massivement,, peut être en Europe et en Asie. 
Pour le moment, c'est le mot qui a été trouvé pour décrire un phénomène qui est une combinatoire complexe de pratiques dont certaines sont aussi vieilles que le début de l'Economie d'expansion et d'autres, très récentes, qui sont des formes transitoires des outils technologiques de l’ère numérique.
De la mondialisation, l’on aura tout entendu. Certains prétendent qu'elle n'existe même pas, qu'il s'agit d'un nouveau mot pour habiller de vieilles pratiques de domination multiforme. D’autres, en revanche, ont tendance à considérer le moindre événement qui survient à quelque point du globe, comme une conséquence directe, du moins comme un avatar de la 'Mondialisation». 
Tout y passe: la vieille asymétrie des rapports économiques internationaux; les impacts divers des changements climatiques; la flambée des cours qui ne concerne plus uniquement les produits spéculatifs mais de façon perverse, les denrées de premières nécessités; 
On peut y ajouter la nouvelle géopolitique de l'information qui déverse à pleins satellites des informations et des images au point de justifier les revendications de ceux qui naguère, exigeaient un 'nouvel ordre de l'information'. L'information qui a toujours été vecteur de puissance prolonge de plus en plus les stratégies d'influence. Il suffit pour s'en rendre compte de regarder la carte mondiale des réseaux de systèmes d'informations audiovisuelles ou électroniques.
Cette toile de fond ne peut pas donner une perception positive de la mondialisation. Alors, certains, croyant rassurer, ont parlé de 'Mondialisation vertueuse ou heureuse'. Ils n'ont réussit qu'à rendre plus vives encore les réticences. Et voici que, avant même de tirer partie de la Mondialisation (heureuse ou pas), l'Afrique entend parler déjà de' Démondialisation'. Le terme vous parait étrange et peut être même un peu ridicule. Mais avant qu'il ne rentre dans le dictionnaire (si ce n'est déjà fait, cela va désormais si vite), pourquoi, ne pas rappeler que la 'démondialisation' n'est pas d'une nouvelle molécule pour désagréger le monde ? Mais peut être faut-il surtout rappeler que tout cela ressemble à des hypothèses altermondialistes radicalisées, donc élevées au rang de thèses. 





Face à ces chevauchements et déferlements de concepts dont certains obéissent véritablement à des variations saisonnières. Par exemple, quand les mêmes défendent avec un égal brio des thèses successives absolument contradictoires, à quelles certitudes peuvent s'accrocher l'Afrique et les gens de bonne volonté qui ne considèrent pas le Continent comme un champ d'expérimentations hasardeuses? 
De mon point de vue, il faut être sans complexes, mais très humbles, il nous faut donc faire quelques constats soit pour les admettre ou pour les réfuter. Considérer que l'Afrique est une victime qui subit les affres de la Mondialisation revient à la placer hors du monde et surtout à lui denier toute capacité à apporter sa contribution à l'émergence d'une ère nouvelle et de proposer des pratiques novatrices

Le paradoxe veut qu'une certaine vision continue de voir la Mondialisation comme un retour à la Loi de la jungle alors que, si les évolutions actuelles continuent, le monde tendrait plutôt à l'infini, de gré ou de force, vers plus de convergence. De gré, car certaines formes de fraternité sont des valeurs en hausse ; de force, car les intérêts sont si imbriqués qu’aucun Continent, encore moins un pays, ne peut à lui seul tout assumer.

Notre Continent n'échappe pas à cette ambivalence. D'une part, elle attribue une bonne partie de ses tourments à cette Mondialisation tout en espérant en tirer profit grâce à de nouvelles modalités de coopération. Cette posture quelque peu schizophrène n'est pas tenable plus longtemps. L’on peut d'ailleurs se poser la question de savoir si en fait, la macropolitique entre les états aux relations usées, acrimonieuses parfois, n’écrase pas la micro-économie qui devrait permettre aux gens ordinaires, entrepreneurs, chercheurs, professionnels de différents cercles d'amorcer de véritables échanges. 
Des partenariats qui sont pour le moment de l’ordre de l’énonciation, des pétitions de principe, mais dont le modus operandi tarde à se mettre en place. Quelques réussites ne suffisent pas pour gommer cette impression de grands bavardages soutenus par la magie incantatoire des mots. Sans doute, l'insuffisance des rapports substantiels, de données pertinentes ; l'insuffisance d'une certaine forme de relations humaines pour laquelle les états ne sont pas formatés, constituent des freins au développement de partenariats bénéfiques durables. 
Les échanges devenus trop circulaires entre pays qui ne se connaissent qu'au travers leur administration et leur technostructures, ont atteint un état d’entropie qui nuit à l’efficacité réelle de la coopération
Les possibilités de partenariats entre l’Afrique et les autres continents, tous les autres continents. sont nombreuses. Toutefois, il convient de « décoffrer » les gangues administratives qui enserrent encore les opportunités d’échanges. 
Des réseaux rénovés, à la réputation moins sulfureuse, constituent une alternative. C'est aussi pour cela qu'on ne peut négliger la question majeure de l'Image du Continent. D'autant que par le passé, des officines ont participé et participent encore, à la dégradation de cette image. Une forte dose de résilience est en effet nécessaire pour oublier même des années après, ces mots terribles publiés dans un grand journal parlant ' 'de republiquettes' sans passé ni avenir dont la disparition ne changerait rien à la marche du Monde'.' Cette tentative de dévaluation stratégique a eu un impact désastreux. Elle a même provoqué une sorte d'affolement dans certains pays qui, dans la précipitation ont organisé la grande braderie d'entreprises nationales .



Autant la vision était par le passé excessivement pessimiste, autant une sorte d'euphorie gagne à être tempérée. Certes, le Temps de l'Afrique est bien là, la course vers le Continent a repris de plus belle. Mais cela suppose que se construisent de véritables passerelles conçues ensemble par des gens qui , malgré quelques divergences ont la même conviction du rôle, de la place , de l'avenir de l'Afrique
Mais les risques de répéter les mêmes erreurs existent bel et bien. En effet, l'on parle beaucoup trop des contrats et pas suffisamment de circulation des idées. L'on ne parle assez de culture. Et, bien des gens sont gagnés par la maladie des indices. Naguère, la dimension humaine faisait ricaner quelques technocrates. Il est clair désormais que, sauf à privilégier les échanges spéculatifs, cette dimension humaine est un moteur et une finalité de ces nouveaux rapports entre les pays. 
La (ré)construction de l'image du Continent est une autre condition de ce partenariat. Longtemps encore, la question restera de savoir qui est en charge cette image. Si cette responsabilité incombe à toute l'Afrique et à ceux qui s'y intéressent par intérêt ou par empathie, il est évident que des actions plus structurées sont nécessaires au sein de groupes réflexions et d'action. Les ' think tanks' qui devront se muer en 'action tanks' auront , à cet égard un rôle important. La question des médias en Afrique mérite une réflexion plus profonde. 
Récemment, je disais que la question des médias dépasse de loin la question des hommes et femmes de médias. La question concerne l'ensemble de la société. Les médias devraient pouvoir apporter une contribution plus significative à l'ensemble de la Société. Et également à l'Image de l'Afrique. Or, que constatons-t-on nous? Il n' y a aucune commune mesure entre le poids social, l'impact des médias et leur degré d'insertion à l'Economie et à la Société d'une façon générale. Il existe un sous investissement criard dans ces médias qui contraste fortement avec leur rôle social sur-déterminant. Il y a des facteurs explicatifs à cette situation de la médiasphere qui se prend pour le Centre, alors qu'elle est de plus en plus à la marge, peut-être même à son insu. Combler ce gap est une nécessité.
D'ores et déjà, tout en favorisant toutes les nouvelles formes de partenariat, nous devons garder à l'idée qu'un des projets les plus urgents qui pourrait mobiliser les gens des différentes rives, concerne précisément la mise en place d'un groupe spécifique sur la question de l'image de l'Afrique. Il ne s'agit pas de denier la réalité d'un Continent mais de ramener les choses à de justes propositions, de ne pas se laisser balloter au gré des modes et des paradigmes. 
N'est ce pas , au fond , ce que vous avez brillamment réussi à faire, en organisant ici en ce moment ce colloque de qualité à Yamoussoukro. Le message explicite que je veux percevoir est que, à la fins des fins, toutes les contraintes, sociales, politiques , économiques sont solubles dans la volonté. Dans la volonté d'échanger. Et je voudrais me convaincre que la consolidation de l'Image de l'Afrique est une idée admise. Il reste à passer aux actes.

Je vous remercie


*Ibrahim SY SAVANE est Président de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA-Côte d'Ivoire). Ancien ministre de la Communication il est diplômé de Prévision économique et spécialiste des Systèmes d'Information.

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