Session d'information de la HACA à l'assemblée NationaleSession d'information de la HACA à l'assemblée Nationale
« Régulation et libéralisation du secteur de l’audiovisuel : défis, enjeux et intêrets pour nos populations »
Publié le Mardi 01 Décembre 2015 | IBRAHIM SY SAVANE

Honorables représentants de la Nation ivoirienne,

Mesdames et Messieurs les Députes,

Je voudrais, au nom de tout le Collège de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA), du Directeur Général et de tous nos collaborateurs, vous remercier pour votre disponibilité. Vous avez voulu nous écouter et c'est avec joie que nous voudrions vous parler. Je vous remercie également pour la forme et le moment choisis. Une forme simplifiée dans laquelle je vois un signe de bienveillance. [Tout comme le fait de nous recevoir le matin. En effet, en ce mois béni, il arrive que vers l'après-midi l'on perde le réseau, comme disent les jeunes gens]. C'est, en toute sincérité, que je vous dis la gratitude de notre institution. Précisément, il me semble important de dire quelques mots de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle, de ses missions avant d'aborder le cœur du sujet qui nous intéresse ce matin. 

La Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle est née, par ordonnance de Son Excellence Monsieur le Président de la République, le 30 avril 2011. Soit environ deux semaines après la fin de la crise. Cette rapidité nous laisse penser qu'il y avait un caractère d'urgence. C'est en tout cas sous cette urgence que nous avons essayé de mettre la nouvelle entité en place. Il faut noter que, comme d'autres structures, l'ex CNCA avait été entièrement pillée. Par des mains expertes qui semblaient savoir ce qui avait de la valeur et méritait d'être démonté avec une certaine délicatesse. Près d'une cinquantaine d'ordinateurs, plus d'une quinzaine de véhicules ont disparues. Permettez-moi de vous passer les péripéties pour dire que, grâce à de bonnes volontés, nous avons pu reconstituer notre parc d'ordinateurs. Les véhicules viendront un jour sans doute. 

Honorables députés, Mesdames et Messieurs, 

Le véritable effort cependant a porté sur les textes de base. De même que sur le dispositif permettant une libéralisation dans la transparence et l'équité. Cela suppose des cahiers de charges précis, des dossiers d'appel d'offres pertinents. Comme nous le verrons plus loin. Je voudrais vous dire également à quel point la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle est représentative. Il suffit de jeter un coup d'œil sur sa composition. Y siègent en effet un représentant du Président de la République, du Président de l'Assemblée Nationale, du Conseil Economique et Social, du Ministère de l'Economie et des Finances, du Ministère des NTIC, du Ministère de la Communication, du Ministère de la Culture, des représentants de la Société Civile et de ceux des organisations Professionnelles. 

Honorables députés, 

Permettez-moi de vous présenter les membres du Collèges de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle présents :

  • Le Doyen Professeur Asseypo HAUHOUOT, Professeur d’Université, représentant du Conseil Economique et Social
  • Monsieur Ernest KOUASSI KAUNAN, Magistrat Hors hiérarchie, représentant du Conseil Supérieur de la Magistrature
  • Madame Sopie KADIO Epouse BAMBA Véronique,

Représentante du Ministère de l’Economie et des Finances

  • Monsieur Serge COFFIE, Conseiller Technique du Ministre de la Poste et des NTIC, représentant dudit ministère
  • Monsieur Sindou BAMBA, Coordonnateur Général du RAIDH, représentant des Associations des droits de l’homme
  • M. Acka Pierre Claver BENSON, Journaliste professionnel à la RTI, 
  • M. Mathurin KADJE, Directeur des Equipements et des Nouvelles Technologies à la RTI

Tous deux représentants les Organismes professionnels de la production audiovisuelle.

Cette diversité d'origine professionnel et de compétences fait de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle, un pôle représentatif pour aborder toutes les questions stratégiques en matière d'audiovisuel. S'ajoute à cela une bonne organisation avec à la tête une direction générale. C'est pour cela que nous avons pu travailler, anticiper sur la libéralisation et proposer un chronogramme précis depuis mars 2012. 

Mais précisément nous voulons parler de cette fameuse libéralisation audiovisuelle qui suscite enthousiasme et scepticisme, depuis de très nombreuses années. Les attentes d'aujourd'hui expriment en réalité une impatience qui est bien ancienne et qui s'avive chaque fois que le chemin vers les futures étapes de la libéralisation est débroussaillé. La vocation première de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle est de réguler le vaste champ de l’audiovisuel national et international, d’attribuer les autorisations, de veiller sur le contenu des médias avec pour philosophie le respect de l’équité, de l’éthique et de la déontologie. Aussi bien les questions de l’enfance, du genre et du pluralisme font partie des missions de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle. Toutefois, la question de la libéralisation s’étant posée avec une certaine acuité, celle-ci polarise toutes les attentions. 

Mais avant d'aller plus loin, il me parait important de clarifier un point qui peut prêter à confusion: Chaque fois qu'il est question d'audiovisuel, nous avons tous inconsciemment tendance à nous focaliser sur la télévision, en oubliant la radiodiffusion. 

Mais si nous ne commettons pas cette erreur conceptuelle, alors nous serons d'accord pour dire que la Libéralisation de l'audiovisuel (qui inclut donc la radio) a commencé en Côte d'Ivoire depuis bien longtemps, c'est-à-dire au début des années 90. Puisque, en ce moment là, l'État a concédé aux privés la possibilité de créer des radios. Qu'il s'agisse de radios de proximité, associatives, confessionnelles et même de radios commerciales, les privés ont eu progressivement leur place. Toutes ces étapes faisaient bel et bien partie du processus global de libéralisation audiovisuelle.

Il est vrai que c'est bien c'est la loi (N° 2004-644 du 14 décembre 2004 portant régime juridique de la communication audiovisuelle) qui amorcera de façon décisive, non pas le désengagement de l'État comme on a tendance à le dire, mais plutôt l'engagement d'entités privées à récupérer une partie de ce qui constituait jusque là, un monopole quasi absolu de l'État. C'est en effet à partir de 2004 que de façon non ambiguë, l'État a organisé formellement les modalités de la libéralisation, incluant cette fois la télédiffusion. Nous sommes ici à l'Assemblée Nationale, alors, avant de dire quelques mots sur certains aspects et sur les conséquences possibles de cette Loi, il n'est pas inutile de revenir sur le contexte ainsi que sur les différentes péripéties qui ont émaillé son avènement. 

Dans la mesure où elle a été votée par l'Assemblée Nationale, il n'est pas question bien sûr de la contester. On peut cependant rappeler qu'elle fut amenée devant le législateur dans des conditions pour le moins spécial. Le Ministre de la Communication d'alors, Monsieur SORO Guillaume, s'étant mis en congé de Gouvernement, c'est son intérimaire désigné, le Professeur Hubert OULAYE qui aura la charge de défendre la Loi de 2004. Et sans qu'il soit question d'établir une directe relation de cause à effet, on peut tout de même relever que de nombreuses contradictions subsistent dans la Loi, du fait de ce contexte de crise qui a eu pour conséquence une superposition des visions politiques et des intérêts divers pour aboutir au projet final. 

Toujours est-il que c'est bien cette Loi qui organise l'Audiovisuel en Côte d’Ivoire ainsi que les instances qui le régulent. Sur la base d'une lecture stricte de la Loi, on peut dire que le monopole de l'État sur la radiodiffusion et la télédiffusion a vécu. Cependant au-delà de l'énonciation de principe, il y a nécessité de la doter de ces béquilles indispensables que sont les décrets. Seuls ceux-ci permettent de traduire cette importante décision dans les faits. Or, dans ce domaine, les retards se sont accumulés à cause de la situation générale qu'a connue le pays, mais également du fait que le temps administratif soit un temps particulier qui se traduit généralement par sa longueur et par la sinuosité des processus de décision.

Si l'on s'est tant focalisé sur la question des télévisions, c'est que celle-ci intéresse l'ensemble des citoyens, voire au-delà. Or, d'autres aspects non moins importants ont été prévus dans cette Loi. Il en est ainsi de la création de deux entités qui auront à remplir des fonctions jusque là dévolues à la société RTI. Il s'agit de la mise en place d'une Société de Diffusion d'une part, et d'un Conservatoire des Archives Audiovisuelles d’autre part. 

Ces deux entités indiquent bien une logique de fin de monopole. Car, la première aura à diffuser pour le compte des futures chaînes de télévision qui le désireraient et la seconde, recevoir toutes les archives, en acquérir et agir comme lieu de dépôt légal audiovisuel.

Honorables députés, Mesdames et Messieurs, 

On peut se poser la question, mais au fond pourquoi libéraliser?

La réponse parait si évidente que l'on hésite à formuler la question elle-même. La Côte d'Ivoire, comme tous les pays du monde est déjà exposée au rayonnement de dizaines de télévisions satellitaires. En outre, la logique même du pluralisme des contenus et la nécessité de l'ouverture vers le monde suffiraient largement à justifier une telle décision. Il faut cependant détailler d'autres enjeux, ce qui constitue la thématique centrale de cette session. Nous en avons retenu quelques uns :

  1. Enjeux démocratiques
  2. Enjeux culturels et sociétaux
  3. Enjeux économiques
  4. Enjeux technologiques
  5. Enjeux géopolitiques.

[Certes, nous n'avons peut-être pas le temps de les détailler tous. Il est utile cependant de les passer en revue, ne serait-ce que rapidement. Je précise aussi que l'ordre choisi n'est pas nécessairement hiérarchique].

1. Enjeux démocratiques

Le pluralisme est évidemment une nécessité démocratique que l'on peut facilement relier aux droits de l'Homme. Or, lorsqu'on sait le poids des mass-médias dans la formation de l'opinion publique, il est difficile d'admettre, sauf cas exceptionnel, qu'un seul organe de presse puisse refléter l'ensemble des opinions et des attentes citoyennes. La problématique du pluralisme et de la diversité dépasse de loin la seule question de l'information, certes importante. Mais elle englobe tout le contenu de l'offre de programmes. Les magazines comme les documentaires disent parfois beaucoup plus que l'information stricto sensu. Aussi, la diversité des contenus est-elle une nécessité.

Dans ces conditions, l'on voit mal comment une seule chaîne de télévision aussi volontaire et talentueuse soit-elle pourrait prendre en charge l'ensemble des besoins d'informations, des centres d'intérêt de tout un pays. D'autant que tous les autres domaines, politique, économique, culturel, se caractérisent de plus en plus par la diversité. 

On ne peut imaginer une démocratie avec un parti unique, une seule façon de penser et même de s'instruire. [Bien que je ne considère pas personnellement la démocratie arithmétique comme un modèle indépassable, il faut bien admettre qu'elle fonctionne mieux avec plusieurs moyens d'information].

2. Enjeux culturels et sociétaux

Il n'est pas nécessaire d'insister sur l'importance de l'audiovisuel dans la diffusion de la culture au sens large. Cela ne se limite pas naturellement à la musique mais à l'ensemble de l'action culturelle. L'analyse des grilles de l'audiovisuel dans nombre de pays africains, laisse voir un véritable déficit en ce domaine. Il est vrai que là aussi, la libéralisation peut-être un atout décisif. [Ceux qui prétendent que la culture n'intéresse pas les spectateurs et les auditeurs n'ont pas engagé les moyens techniques et financiers en faveur de ce qui constitue le socle de la société, c'est à dire justement la culture]. Dans le même temps, l'Afrique, et notre pays ne fait pas exception, garde une dangereuse posture de consommatrice de productions culturelles qui se déversent littéralement sur elle. L'on ne se rend pas toujours compte que cela participe activement à structurer la conscience des jeunes. 

Certains sont ainsi soumis à une extraversion dont l'impact est déjà mesurable. Or, des producteurs nationaux abandonnent pratiquement leur métier faute d'une alliance avec le diffuseur. Dans la mesure où celui-ci est en situation de domination complète, il est clair que la production locale ne peut s'affirmer dans une relation aussi asymétrique.

La libéralisation ne résout pas certes l'ensemble des problèmes auxquels se trouve confrontée une industrie nationale de programmes, il ne fait pas de doute cependant que l'émergence d'un véritable marché est impossible dans une situation monopolistique.

Je suis convaincu que la libéralisation dans le cadre des cahiers de charges plus précis et plus volontaires que nous avons élaborés, favorisera la diffusion de la culture. C'est à la fois une espérance et une conviction. C'est en tout cas un des enjeux les plus importants. 

Mesdames et Messieurs, Honorables représentants, 

Qui mieux que vous a conscience de tels enjeux sociétaux au moment ou une rude compétition est engagée entre des valeurs civilisationnelles. Chacun voit quels types de débats agitent le monde et chacun comprend le rôle des médias dans la diffusion des comportements et attitudes. Il n'est pas vain dans ces conditions d'avoir un système audiovisuel national qui, sans s’enfermer sur lui-même, défende ses propres valeurs.

1. En ce qui concerne les enjeux économiques,

Il faut dire que l'on ne souligne pas suffisamment le fait que la libéralisation de la presse écrite malgré son impréparation, a crée une véritable industrie ainsi que des emplois au moment où des pans entiers de l'économie étaient en pleine récession et incapables d'offrir la moindre activité. La libéralisation de la télévision permettra quant à elle de consolider toute une filière. 

La conception et la diffusion de programmes font appel à de nombreux métiers et à des talents qui n'ont pas encore eu l'occasion de s'affirmer ou très peu. L'audiovisuel, notamment la télévision est une véritable industrie. Celle-ci ne peut s'épanouir que dans la concurrence organisée que propose notre stratégie de libéralisation. Pour le moment, la création de la valeur économique ne se fait pas au niveau national. Puisque nous importons en ce domaine aussi, l'essentiel de ce que nous consommons. [L'analogie avec d'autres domaines est toujours tentante : En matière de riz comme dans ce domaine, il faut éviter de penser que cela revient moins cher d'importer plutôt que de cultiver ou d'investir].

Si les nouvelles chaines ne se contentent pas de reproduire le modèle des télévisions publiques, qu'elles se dotent de capacité autonome de production, ce sont donc des centaines d'emplois qui seront créées et des centaines de millions de francs cfa de devises économisées. La plus-value économique est un objectif assumé de la libéralisation télévisuelle. Et d'ailleurs, les cahiers de charges que nous avons prévus leur font obligation de produire elles-mêmes et de ne pas se contenter d’importer des programmes clé en main.

Les effets induits sur le développement de la publicité ne sont pas non plus négligeables. Ce marché va croitre rapidement du fait entre autres que des annonceurs qui visent d'autres cibles que celles de la télévision publique augmenteront leurs investissements publicitaires. 

Là aussi, l'avivement de la concurrence entre supports pourrait avoir un effet d'entraînement sur tout le marché publicitaire. Le manque d'alternative est un facteur qui influence négativement les décisions d'investissement, aussi bien des annonceurs que des agences conseils. Tout monopole finit par produire des effets indésirables. Et l’'âpreté des rapports entre les agences, les producteurs et la RTI offre à cet égard un exemple frappant.

En un mot, la structuration d’une véritable filière économique de l'audiovisuel ne peut donc se concevoir sans une libéralisation réelle, transparente, équilibrée. Qui tienne compte à la fois des capacités du marché et de la liberté d'entreprendre. Si bien évidemment, cette liberté d'entreprendre ne peut être remise en cause, il est clair cependant que la Haute Autorité de la Communication Audiovisuellesouhaite que le processus en cours garantisse la viabilité financière des futures télévisions.

1. Venons-en aux enjeux technologiques,

La transition numérique, c'est à dire l'abandon de l'analogique s'impose à tous les pays. Certains l'ont réalisée depuis plusieurs années déjà. La question des normes est essentielle. Les pays qui ne s'y conforment pas risquent simplement une déconnexion par rapport au système mondial. Le deadline envisagé pour réaliser ce basculement d'une ampleur sans précédent, est fixé au 17 juin 2015 par l'Union Internationale des Télécommunications (UIT). Pour notre pays, il est indispensable d'accélérer le rythme de cette transition numérique. 

Mesdames et Messieurs, Honorables députés,

Comme vous le savez, les normes sont définies par un complexe politico-industriel qui ne se préoccupe pas de la situation des plus faibles. Encore que dans ce cas précis, l'Union Internationale des Télécommunications (UIT) ait su laisser une grande marge aux pays en voie de développement. Toutefois, l'industrie finira par imposer rapidement ses standards. Les risques de déclassement ne sont donc pas négligeables pour les retardataires. 

La Côte d'Ivoire dispose d'experts qui ont suivi depuis de nombreuses années cette question. Aussi bien dans les ministères que les structures et agences spécialisées. Afin de sensibiliser et de mieux préparer ce saut technologie (qui est une sorte de haie à franchir) le Ministère des NTIC et celui de la Communication ont crée il y a quelques années un groupe de travail. 

Au sein même de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle, une cellule travaille activement sur cette question. Tant au niveau du pays qu’à l’échelle sous-régionale, l'échange d'informations et la coordination sont indispensables en la matière. Car, il s'agit d'un véritable bouleversement qui implique tous les acteurs de l'audiovisuel et bien évidemment le grand public. Pour mieux assurer la coordination institutionnelle, certains pays, c'est le cas de la France, ont même mis en place un Groupement d'Intérêt Public dénommé France Télévision Numérique. 

Quelle que soit l'approche, aucune stratégie ne peut fonctionner sans un maximum de concertations et sans la définition d'un agenda connu de tous et respecté. De plus, il faudrait suivre la question quasiment au jour le jour en intégrant des clauses de rendez-vous à différentes étapes.

Le processus de libéralisation qui s'amorce dans le domaine de la Télévision est sans aucun doute un important levier pour réaliser ce basculement numérique. 

La libéralisation ne peut en effet se réaliser pleinement en reconduisant les mêmes technologies obsolètes. C'est également à l'aune de sa capacité contributive aux mutations technologiques que sera jugé le processus de libéralisation. Il s’agit donc là d’un enjeu primordial. 

D'autant que la réussite en ce domaine offre de très nombreuses possibilités qui permettront à terme de démultiplier le nombre de chaines de télévision et de radio. Il restera à veiller sur l'équilibre économique global du secteur. Il s'agit en effet, de libéraliser, d'accroître la vitalité du secteur par une régulation à la fois souple et rigoureuse et non d'augmenter les risques de débâcle financière.

1. Les enjeux géopolitiques, de notre point de vue ne sont pas des moins importants.

Les rapports internationaux sont de plus en plus modulés par le reflet que projette un pays à l'extérieur. Même si l'influence globale d'un pays dépend d'une infinité d'autres variables (militaire, économique, culturel, etc.), sa capacité à participer à la production des contenus de 'l'écran global' est désormais un indice pertinent. Nous savons tous que, de façon insidieuse, le système audiovisuel d'un pays agit sur ses partenaires et même sur l'importance que ceux-ci lui accordent. Certes, il ne s'agit pas d'opérer une libéralisation quantitative pour espérer jouer un rôle dans la médiasphère mondiale. Cependant il existe une corrélation de plus en plus évidente entre la capacité de production et la façon dont l'on est perçu.

Certains pays ont su utiliser habilement cet outil pour renforcer leur influence et même prétendre à un rôle géopolitique de premier plan. C'est naturellement l'exemple d’El-Jazira qui vient à l'esprit. Un modèle reproduit depuis avec plus ou moins de réussite par d'autres pays. 

Il s'agit d'exemples qui ont réussi à faire pièce à la domination sans partage des maitres de l'information mondiale. Est-il besoin de rappeler l'émergence d'autres pôles publics, en France par exemple, qui se situent nettement dans la stratégie de maintien et d'accroissement de l'influence de ce pays dans le monde ? (cas de l’Audiovisuel Extérieur de la France). 

La Côte d'Ivoire dispose d'énormes atouts. Son influence culturelle dans la sous-région et au-delà est exceptionnelle. Or, dans les rapports internationaux l'influence culturelle et intellectuelle devient un vecteur de puissance. Ce que certains appellent le 'softpower' trouve son extension dans la construction d'un véritable audiovisuel qui crée de l'adhésion aussi bien dans le pays lui-même qu'à sa périphérie.

Tout cela doit faire partie des modalités d'une libéralisation audiovisuelle qui préserve à la fois la place de l'État, tout en donnant de grandes possibilités aux entités privées d'apporter leur contribution en termes de financement et de créativité. 

De l'Audiovisuel public 

Dans cette perspective, il est important que libéralisation ne signifie pas privatisation. De ce point de vue, il convient de préciser que rien ne se fera au détriment de la RTI. Au contraire, celle-ci bénéficie du soutien de l'État pour opérer son ajustement technologique et préparer sa propre transition vers la concurrence. 

Mesdames et Messieurs, Honorables Députés,

Nous avons rappelé les raisons pour lesquelles il faut libéraliser. Nous pensons que ce sont les mêmes qui, implicitement, ont guidé votre assemblée en 2004, au moment de la Loi. 

Le temps est venu de franchir une nouvelle étape. Et, dans la dynamique générale que connait aujourd'hui notre pays, nul ne peut penser que tous les secteurs entrent en mutations profondes sauf l'audiovisuel qui resterait immobile, dans son splendide isolement.

La vraie question n'est donc plus pourquoi libéraliser, mais comment le faire dans les meilleures conditions. Nous avons, les membres du Collège, mes collaborateurs et moi-même travaillé pour établir un cahier de charges très rigoureux, confectionner le prototype du dossier d'appel d'offres. Nous avons organisé la formation des membres de la Commission d'examen des appels d'offres qui doivent présélectionner et faire un rapport à la HACA. 

Nous avons remis le chronogramme de la libéralisation au Gouvernement en Juillet 2012. Il reste au Gouvernement à prendre la dernière décision. C’est-à-dire, fixer la date de la libéralisation et procéder à la location des ressources afférentes. Dans le schéma de libéralisation en analogique, nos capacités techniques en termes de fréquence nous permettaient d'offrir deux ou trois chaînes, quatre au maximum. Au contraire des possibilités du numérique qui peuvent offrir jusqu'à une dizaine de chaines et plus. 

Compte tenu du retard accumulé, et qui est le fait du temps administratif, la seule approche à notre sens, la véritable urgence est de réaliser la transition numérique. Ce processus dépend d'un Comité national crée sous l'égide du Ministère de la Communication. La Création de ce Comité National de Migration de la Côte d’Ivoire vers la Télévision Numérique de Terre (CNM-TNT) a été annoncée le 06 juin dernier en Conseil des Ministres. Il reste à le rendre opérationnel. Désormais la libéralisation audiovisuelle est subordonnée à l'évolution de cette opération de grande ampleur que chaque pays africain, à sa façon et selon son organisation, essaie de mener à bien. Nous espérons que la Côte d'Ivoire saura se donner les atouts nécessaires, tant au plan humain que financier pour rattraper son retard et respecter le rendez-vous du 17 juin 2015 qui consacre l'extinction du signal analogique. 

Honorables Députés, Mesdames et Messieurs,

Au moment de conclure, permettez-moi de rappeler cette évidence: nous travaillons pour l'intérêt public. La Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle ne défend que l'intérêt public. Je voudrais également vous dire que nous entendons parfaitement le message des populations, nous comprenons les attentes. C'est pour cela d'ailleurs que nous avons fait diligence pour bien préparer la libéralisation. Et nous sommes prêts depuis belle lurette comme je vous l'ai expliqué. Mais dans un tel processus, il faut beaucoup de concertations, une unité d'action qui requiert un agenda unique auquel chacun doit se conformer pour une efficacité optimale. Nous sommes naturellement disposés à nous adapter au cadre et à l'agenda définis par le Gouvernement. Nous continuerons cependant de jouer le rôle d'alerte, chaque fois que le processus semble contrarié par des obstacles administratifs. En matière de grande mutations technologiques, aucun pays n'a tout son temps. Il est obligé de tenir compte du rythme et des pulsations du monde. Sauf à s'exposer à des risques de différentes natures. Risques de déclassement, de méfiance des populations. Une catégorie de risques est celui de défiance à la souveraineté des pays. 

En effet, des systèmes techniques se mettent en place pour dépasser toutes les réglementations nationales. Chacun sait que la législation court beaucoup moins vite que la technologie. Ainsi, des chaînes de télévision et de radio par satellite profitant du retard des processus et du flou juridique, se mettent en place sans autorisation des états. Et elles bénéficient bien souvent du bon accueil des populations qui attendent depuis bien longtemps. Face à cela, l'on ne peut se contenter d'opposer un déni d'accès, contester verbalement leur supranationalité, mais au contraire de s'adapter en augmentant l'offre de programmes qui passe par la libéralisation.

Honorables députés, Mesdames et Messieurs, 

Lorsqu’on regarde d'où vient notre pays et où il cherche à aller, il est clair qu'un élan collectif est nécessaire dans tous les domaines. La mobilisation autour de l'audiovisuel, de la libéralisation et du basculement numérique est une nécessité. 

Dès lors, je ne peux que me féliciter de l'attention que vous avez bien voulu accorder à la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle. Nous espérons avoir donné quelques éléments d'analyse supplémentaires.

Honorables députés, 

Parler devant vous, ici dans cette prestigieuse Assemblée Nationale n'est pas une contrainte. Ce n'est pas seulement un devoir. Mais c'est surtout, un privilège. 

Un privilège que nous apprécions à sa juste valeur. 

Je vous remercie. 

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