Enjeux de la qualité dans les médiasEnjeux de la qualité dans les médias
« Enjeux de la qualité dans les médias »
Publié le Mardi 01 Décembre 2015 | IBRAHIM SY SAVANE

Mesdames et messieurs, je vous remercie d'être venus. Permettez moi de féliciter les organisateurs qui ont prévu une session consacrée aux médias. 

Ce n'est pas si courant et mérite donc d'être signalé. Je voudrais vous dire aussi que mon intervention sera juste un survol de la problématique de la qualité dans les médias et une présentation d'une norme qui, selon moi peut apporter beaucoup aux médias. 

La question de la qualité perçue à travers la question des normes et certificats ou non, est une question majeure et qui gagnera encore plus en importance. 

En effet, Dans un monde ouvert, la concurrence est devenue la règle. Concurrence entre les nations, mais également entre les firmes, qu’elles soient productrices de biens ou de services. Dans un tel contexte, la qualité devient un des facteurs, sinon le principal facteur discriminant. Il n’est pas étonnant dès lors, que le management de la qualité devienne une fonction à part entière. Elle tend même à devenir une philosophie et une attitude dans tous les domaines. En Côte d'Ivoire en tout cas, il est beaucoup question de qualité et de certification. Je présume qu'il existe des indicateurs précis pour mesurer les progrès en la matière. S'il est vrai que la certification est aussi un outil marketing, mais cela va naturellement beaucoup plus loin. En outre, il convient selon moi de prendre garde à ce que tout cela ne prenne l'allure d'une secte. Alors que c'est un vaste mouvement qui devrait se mettre en route. Sans doute , faut-il mobiliser plus de ressources encore en faveur de la qualité. 

Cela dit, le paradigme de la qualité n’est pas intégré avec la même ampleur ni avec la même vitesse dans tous les secteurs. Dans l’industrie, la question des normes, que l’on a tendance hélas à confondre avec celle de la qualité, s’apparente à une vraie dictature lorsqu’elle est imposée par les majors. Or, la notion de qualité est un concept plus ouvert, et qui donne des chances égales aux organisations quelle que soit leur taille. La qualité peut se trouver du côté de l’artisan, de la PME, et pas nécessairement au sein de grands complexes industriels.

Les médias, qui ont vocation à défendre la liberté, la diversité et le pluralisme, ont pris un temps de retard dans l’adoption des systèmes de qualité parce que ces exigences leur semblaient par définition trop normative et donc susceptibles d’aller à l’encontre de la liberté et de la créativité. Mais de nombreux changements sont intervenus depuis dans les médias, au niveau :

  • de la structure de leur capital ; 
  • des impératifs de rentabilité. A tout le moins, d’équilibre économique ; 
  • des nouvelles modalités de la concurrence entre les médias traditionnels ;
  • des nouvelles formes de concurrences avec de nouveaux médias ;
  • de la montée en charge des questions de citoyenneté et de la société civile.

Tout cela a progressivement changé la donne, tant et si bien que le monde des médias a fini par admettre que même s’il avait certaines spécificités, il demeurait soumis à des règles générales de production rationalisée. De même qu’il admettait que l’information n’était plus seulement verticale mais se caractérise par la pluralité des sources. Dans ces conditions, il est devenu nécessaire d’établir des critères d’appréciation non idéologiques. 

D’autant que le système des médias inclut de plus en plus une large palette d’acteurs dont les attentes bien que diverses et variées doivent être prises en compte. Il s’agit :

  • des auditeurs/téléspectateurs/lecteurs ;
  • du personnel ;
  • des actionnaires ;
  • des annonceurs ;
  • des sous-traitants (par exemple producteurs de programmes) ;
  • des citoyens, société civile ;
  • de l’autorité nationale de régulation ;
  • du gouvernement ;
  • du parlement ;
  • du pouvoir judiciaire. 

Après des décennies de tâtonnements et de débat, la norme internationale ISASBC 9001 a été conçue pour aider les organisations de radiotélévision à développer un système de management qui permet de produire des contenus de qualité. Cette norme est basée sur ISO 9001 : 2000. 

Les exigences spécifiques aux radiodiffuseurs doivent garantir :

  • l’indépendance vis-à-vis de toute forme d’intérêt économique et politique ;
  • la transparence financière ;
  • l’éthique en termes de gestion des ressources humaines ;
  • la contribution à l’amélioration du statut de la femme ;
  • la contribution à la citoyenneté ;
  • le respect des minorités ;
  • l’innovation et la création en matière d’information, d’éducation et de divertissement ;
  • la promotion des cultures locales, régionales, nationales et la diversité culturelle. 

Au delà de ce cadre général, l’amélioration continue de la qualité du produit exige :

  • un code des émissions, une charte éditoriale ;
  • un code d’éthique ;
  • une étude de satisfaction d’audience ;
  • une étude de satisfaction des autres partenaires ;
  • le respect des exigences formulées par l’autorité de régulation ;
  • le rapport des initiatives citoyennes de la société civile.

Il convient toutefois de préciser qu’il ne s’agit de certifier le produit fini mais le processus de production de l’information et/ou du divertissement. 

De nombreux avantages sont liés à l'adoption d'un système de management de la qualité dans les médias.

A) Au niveau de l'entreprise, cela permet d'améliorer l'organisation de la de l'entreprise. D'optimiser ses ressources et s'accroître ses chances de profits. La référence en la matière en tout cas celle à laquelle j'adhère est la norme ISAS BC 9001 qui est un recueil de bonnes pratiques établi par un comité international de standardisation.

Pour la petite histoire, il faut dire que cette norme qui a été testée durant de nombreuses années a véritablement démarré entre 2000 et 2006 avec 9 auditeurs agréés (dont votre serviteur qui a en charge sa promotion en Afrique francophone) commence à essaimer. 

Aujourd’hui de très nombreuses entités ont été certifiées, radio, télé, presse écrite. Il faut bien admettre que les médias africains n’ont pas encore véritablement pris conscience des enjeux de la qualité ni du point en vue des produits, encore moins de celui des process. En outre, la mise en place d’un système de qualité qui englobe autant de variables nécessite des moyens conséquents. 

Or, la caractéristique principale de ces médias est la précarité économique. En dépit de ces contraintes et du fait de l’avivement de la concurrence consécutive aux libéralisations de l’audiovisuel en Afrique, de nouvelles perspectives pourraient s’ouvrir. Les étapes que nous prévoyons dans les prochains mois avec l’appui de Certimedia sont les suivantes :

  • multiplier les sessions d’information dédiées aux responsables des médias ;
  • conseiller gratuitement des entités à appréhender la question de la qualité ;
  • donner la possibilité à deux ou trois médias emblématiques et représentatifs de s’engager dans le processus de certification. Une telle opération se fera à un coût supportable.

Ibrahim SY SAVANÉ*, est Président de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) ; Il est ancien Ministre de la Communication ; Il est auditeur agrée en système de management qualité des médias et internet depuis 2006 ; Il a renouvelé son accréditation en 2011 avant sa nomination à la HACA. Il s’exprime ici à titre personnel.

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