Après la sortie de son ouvrage "d'Espérance et de douleurs vives "Après la sortie de son ouvrage "d'Espérance et de douleurs vives "
« Ce que dit Sy Savané sur Soro, Gbagbo, Banny ....et la Libéralisation audiovisuelle »
Publié le Mardi 01 Décembre 2015 | IBRAHIM SY SAVANE

Qu’est ce qui vous a motivé à écrire votre livre « D’espérance et de douleurs vives »

La nécessite de témoigner, de donner des éléments d'appréciation aux gens de bonne foi à la recherche de repères. Et cela, pendant que la plupart des acteurs de cette histoire pleine de bruits et de douleurs sont encore présents. Et la conviction aussi que si l'on ne dispose pas des variables psychologiques des protagonistes, alors cette histoire n'est pas tout à fait compréhensible. Une sorte de profiling m'a donc paru nécessaire. D'autres approches sont possibles. Je parle de moi, de mon expérience personnelle dans cette aventure collective. Certains raconterons, je l'espère, l'histoire à partir d'un autre versant et d'un autre point de vision.

En parcourant l’ouvrage, on décèle une certaine proximité entre vous et le Président de l’Assemblée nationale Guillaume Soro. Cela n’est-il pas de nature à corrompre votre témoignage ?

Je pense que la proximité avec l'ancien Premier Ministre ne doit être ni un élément de validation de ce que j'écris, ni un élément de disqualification. Il faut juste en appeler au bon sens du lecteur. Il est en mesure d'avoir son propre justement si ce qu'il lit lui parait cohérent et crédible. Maintenant, s'agissant des liens avec Guillaume Soro, ce n'est même pas une opinion mais un fait. Nous avons travaillé très étroitement et dans une grande confiance. Je ne suis pourtant qu'un compagnon de la 25ème heure.

Lui-même a parfois évoqué ce lien, tout en m'attribuant des qualités supposées. Les siennes sont exceptionnelles. Je peux témoigner qu'il nous a appris le long de ces années de gouvernement, des choses essentielles dans de très nombreux domaines: la gestion des hommes, la vision stratégique, son sens tactique et son aptitude à gérer la parole mais aussi le silence, sans oublier l'énergie humaine et intellectuelle qui se concentre avant l'action, ni de tout ce qui est lié à l'analyse des rapports de force etc. Bien d'autres choses dont je ne veux pas parler pour le moment, car le dernier mot de cette histoire n'est pas écrit et je ne veux pas le gêner par une surabondance de qualités que, de toutes les façons, nos compatriotes perçoivent parfaitement.

On s’aperçoit également que vous aviez l’estime de l’ex-Président, Laurent Gbagbo. Quel commentaire faites-vous de sa situation actuelle ?

Là non plus, je ne comprends pas pourquoi il faudrait nier cette évidence. Je vois que d'autres se débattent pour faire oublier que Gbagbo leur a serré un jour la main. Ou inversement. Mais, quoique contesté, et c'est un euphémisme, il a été chef d'État pendant dix ans !

La suite a été tellement tragique. Son histoire et la grande Histoire sont désormais en interaction. Quant à sa situation actuelle, au plan strictement humain, c'est la compassion qui l'emporte. Parfois, lorsque j'évoque cela, certains me disent: “Mais tu oublies tout ce qu'il a fait”. Je me rends compte que le sens profond du mot “compassion” échappe à bien des gens. Avoir la compassion ne signifie pas dédouaner la personne. Par ailleurs, il ne faut pas dénier la part humaine d'un être humain. Si vous dites qu'un accusé est un monstre, vous ne pouvez plus le juger. S'agissant des autres aspects, judiciaires notamment, je m'abstiens de commenter. Parce que mes commentaires éventuels n'apporteraient absolument rien.

Vous avez toujours revendiqué une certaine indépendance vis-à-vis des milieux politiques. Que vous inspire la Côte d’Ivoire deux ans après la crise ?

Nous avons l'opportunité de bâtir une belle nation. Il nous faut un grand élan collectif, d'abord au plan spirituel pour retrouver les nécessaires cognitions. Cela suppose vérité, transparence mais également beaucoup de compréhension les uns envers les autres. Comme je le dis souvent, nous sommes dans un monde où l'on est responsable même de ses ennemis. C'est dire l'effort de dépassement que la situation exige. On croit que des gens ne veulent pas se réconcilier, mais on n'oublie que certains ne le peuvent pas hélas, parce qu'ils sont eux-mêmes pris dans une gangue puissante qui les empêche d'évoluer. Vous savez, dans un conflit de haute intensité le plus difficile est de se mettre à la place de celui qui est en face. La peur domine encore et il existe des raisons objectives qui renforcent cette peur. Car hélas, même les paranoïaques ont de vrais ennemis.

Pourtant, le pays a besoin de réconciliation, non pour des raisons politiques subalternes ou superficielles mais parce que son énergie vitale dépend, in fine, de cette grande transaction qui créera l'harmonie. Sinon, nous allons certes survivre grâce à notre force inertielle, alors que nous avons besoin de libérer toutes les énergies thésaurisées. Créer la confiance n'est pas une chose aisée. Mais on voit poindre beaucoup d'éléments positifs.

Certains se plaignent de la lenteur du processus de réconciliation.

A mon avis, le processus de réconciliation ne bénéficie pas de cette adhésion quasi mystique dont elle aurait besoin. Vous savez, il y a deux méthodes. Soit vous faites un grand feu de brousse, soit vous débroussaillez patiemment. En matière de réconciliation la deuxième option me parait bien meilleure. C'est une grave erreur d'appréciation de croire que c'est l'affaire du seul Banny. Mais ce Monsieur a les atouts pour régler ses propres problèmes. Mais il ne s'agit pas de cela. On se focalise trop sur lui. Parfois, cela frise la tentative de lynchage moral à son encontre. Le Banny “bashing” est un sport que certains ont trop pratiqué, ouvertement ou en douce. On a le droit de le critiquer et même sévèrement. Surtout que Charles Konan Banny n'est pas du genre victime résignée. Il sait lui-même pratiquer un jeu viril. Mais cette impression que des officines et des chefs d'orchestres clandestins veulent l'épuiser me désole vraiment. Que croyez-vous? Que l'année prochaine, on se contentera de dire: “voila Banny, il n'a pas pu nous réconcilier”?! Ce serait vraiment naïf.

Le Président de la CDVR n'est pourtant pas seul. Il est entouré de gens très prestigieux et de bonne volonté qu'on ne mentionne même pas. Je crois que si Banny n'était pas “papabile”, son job serait plus aisé. Mais bon....

Ibrahim Sy Savané est-il favorable à une amnistie généralisée pour tous les prisonniers politiques ou, pense t-il comme certains qu’il faut aller au bout des procédures judiciaires ?

En tout cas, il faut une approche humaniste. Même si, bien évidemment, cela ne peut se faire au détriment de la justice. Vous parlez de prisonniers politiques. Si ce sont des prisonniers politiques, il faut évidemment une part de traitement politique. Est-ce que, par exemple, tous les cas peuvent être confondus? Je ne veux pas me prononcer à la légère sur des dossiers aussi complexes. Ceux qui me connaissent savent que je m'intéresse beaucoup au droit, à sa philosophie et que j'ai un très grand respect pour les juristes qui font des efforts si je puis dire, exégétiques de leur discipline.

Malheureusement, depuis deux décennies, en Côte d'Ivoire et dans quelques pays africains, le droit n'est plus considéré comme une discipline scientifique, mais comme un terrain de braconnage où chacun vient tirer au hasard. Je suis parfois ahuri d'entendre certains amateurs qui se croient éclairés, commenter tout et le reste. On ne peut réduire le droit aux joutes verbales où chacun vient crier 'parallélisme des formes' et croit ainsi avoir tout dit.

La libéralisation de l’espace audiovisuel en Côte d’Ivoire semble piétiner, Pourquoi ?

La question est brusque et soudaine par rapport à notre protocole d'interview, mais j'ai le devoir d'y répondre, quitte à me répéter...

Pour dire sobrement les choses, tout le processus est techniquement bouclé au niveau de la HACA. Les temps de réponse au niveau de certains acteurs du processus ont été plus longs que prévu.

Je relève en tout cas une grande volonté de la part du Ministre de la communication, Me Affoussiata Bamba-Lamine qui connait bien le dossier, de régler plus rapidement les derniers détails du côté du Gouvernement. Cette année sera décisive. Il y a également la question de la transition numérique. Il faudra rompre avec l'incantation pour avancer réellement. Et dans un autre registre tout aussi important, il y a le chantier de l'accès équitable aux médias audiovisuels publics et privés. Pour tourner la page de la crise, il faut plus de professionnalisme. Le temps de la propagande est révolu, il faut faire plus de place à l'information et à l'innovation.

Interview du Président de la HACA à Soir info - Janvier 2013

Voir plus
L'Afrique Acteur clé d'une nouvelle mondialisation
L'Afrique Acteur clé d'une nouvelle mondialisation
Session d'information de la HACA à l'assemblée Nationale
Session d'information de la HACA à l'assemblée Nationale
L'Afrique Acteur clé d'une nouvelle mondialisation
L'Afrique Acteur clé d'une nouvelle mondialisation
Enjeux de la qualité dans les médias
Enjeux de la qualité dans les médias

Menu navigation